mardi 30 août 2016

"Le rouge vif de la rhubarbe" (Audur Ava Olafsdottir)


Agustina a 14 ans et des jambes qui ne la portent pas. Elle vit sur une île avec la vieille Nina, à la garde de qui sa mère biologiste l'a confiée pour continuer à parcourir le monde. Presque chaque jour, elle descend sur la grève pour contempler la mer ou monte jusqu'au jardin sauvage de rhubarbe où elle fut conçue. Malgré ses béquilles, elle rêve d'escalader les 844 mètres de la montagne qui surplombe son village...

C'est le quatrième roman d'Audur Ava Olafsdottir publié en France par les éditions Zulma, et après avoir adoré les trois premiers, j'en attendais énormément. Trop, sans doute, car il m'a un peu déçue. Si l'on retrouve la délicatesse de style de l'auteure, la lenteur et l'introspectivité qui caractérisent ses récits, la grâce et la poésie qu'elle sait insuffler au quotidien, l'attention qu'elle porte à la nature et au rythme des saisons, je n'ai pas réussi à m'intéresser à la petite vie, aux premières amours pudiques et aux modestes aspirations d'Agustina. Du coup, j'ai l'impression d'être passée à côté de ce "Rouge vif de la rhubarbe", qui ne m'aura guère marquée contrairement à ses prédécesseurs.

lundi 29 août 2016

"Coquelicots d'Irak" (Brigitte Findakly/Lewis Trondheim)


Jusqu'ici, je ne connaissais Brigitte Findakly qu'en tant que coloriste et épouse de Lewis Trondheim. Dans "Coquelicots d'Irak", elle raconte sa jeunesse à Mossoul, la difficulté d'être issue d'une famille chrétienne dans un pays majoritairement musulman, les bouleversements politiques du début des années 70, les raisons qui poussèrent ses parents à émigrer en France - le pays d'origine de sa mère -, l'adaptation délicate à sa nouvelle vie et ses retours successifs en Irak où elle constate combien les conditions de vie se dégradent pour la population en général et pour les femmes en particulier. Son récit d'où ne ressortent ni jugement ni colère est entrecoupé de photos personnelles en noir et blanc, d'anecdotes culturelles et de bons souvenirs d'enfance qui apportent un contrepoint apaisant à la violence des événements historiques. Un témoignage plein de sensibilité, pré-publié sur le site du journal Le Monde où vous pouvez en lire des extraits.


dimanche 28 août 2016

"Comment apprendre à s'aimer" (Yukiko Motoya)


"Il existe sans doute quelqu'un de mieux, c'est juste que nous ne l'avons pas encore rencontré. La personne avec laquelle nous partagerons réellement l'envie d'être ensemble, du fond du coeur, existe forcément. Je crois que nous devons continuer à chercher sans nous décourager." Au fil de ses apprentissages et de ses déceptions, Linde - femme imparfaite, on voudrait dire normale - découvre le fossé qui nous sépare irrémédiablement d'autrui et se heurte aux illusions d'un bonheur idéal. Elle a 16 ans, puis 28, 34, 47, 3 et enfin 63 ans; autant de moment qui invitent le lecteur à repenser l'ordinaire et le guident sur le chemin d'une vie plus légère, à travers les formes et les gestes du bonheur: faire griller du lard, respirer l'odeur du thé fumé ou porter un gilet à grosses mailles. Car le bonheur peut s'apprendre et "pour quelqu'un qui avait raté sa vie, il lui semblait qu'elle ne s'en sortait pas trop mal".

Très attirée par la couverture et la présentation de "Comment apprendre à s'aimer", j'en ai fait mon premier achat impulsif de la rentrée littéraire et l'ai lu d'un trait lors d'un voyage en Thalys. J'adore la représentation du quotidien en littérature, et le principe des instantanés à plusieurs âges de la vie d'une femme m'enthousiasmait beaucoup. Pourtant, je n'ai pas beaucoup apprécié Linde, archétype de l'éternelle insatisfaite qui passe ainsi à côté de sa vie. Personne n'est assez bien pour elle, ni amis ni mari. Les gens déçoivent perpétuellement ses trop grandes exigences et les espoirs flous qu'elle place en eux - son livreur de colis y compris. On ignore ce qu'elle fait comme métier ou si elle a des passions dans lesquelles elle s'épanouit parallèlement, et du coup, son existence semble plutôt vide et pathétique malgré ses efforts pour se convaincre du contraire. Bref, une lecture décevante.

vendredi 26 août 2016

"Les Autodafeurs T1: Mon frère est un Gardien" (Marine Carteron)


"Je m'appelle Auguste Mars, j'ai 14 ans et je suis un dangereux délinquant. Enfin, ça, c'est ce qu'ont l'air de penser la police, le juge pour mineurs et la quasi-totalité des habitants de la ville. Evidemment, je suis innocent des charges de "violences aggravées, vol, effraction et incendie criminel" qui pèsent contre moi, mais pour le prouver, il faudrait que je révèle au monde l'existence de la Confrérie et du complot mené par les Autodafeurs; or, j'ai juré sur ma vie de garder le secret. Du coup, soit je trahis ma parole et je dévoile un secret vieux de vingt-cinq siècles (pas cool), soit je me tais et je passe pour un dangereux délinquant (pas cool non plus). Mais bon, pour que vous compreniez mieux comment j'en suis arrivé là, il faut que je reprenne depuis le début, c'est-à-dire là où tout a commencé.
PS: Ce que mon frère a oublié de vous dire, c'est qu'il n'en serait jamais arrivé là s'il m'avait écoutée; donc, en plus d'être un Gardien, c'est aussi un idiot. Césarine Mars"

L'été dernier, je craquais pour une pétillante trilogie des éditions du Rouergue mettant en scène un ado un peu spécial. Sans préméditation aucune, je recommence cette année, bien que dans un tout autre registre. Dans "Les Autodafeurs", il est question de Templiers, du pouvoir des livres et de la nécessité de protéger la vérité historique coûte que coûte - mais aussi de secrets de famille, de gentils grands-parents qui se révèlent être des machines de guerre, d'une petite soeur autiste Asperger qui pige tout avant tout le monde mais qu'on n'écoute pas.

L'histoire est racontée à la première personne, essentiellement par Gus qui s'exprime avec un curieux mélange de gouaille adolescente et d'érudition un peu pédante, avec ça et là des interventions écrites de Césarine qui déteste les chiffres de 1 à 21, prend tout au pied de la lettre et tient son aîné pour un parfait idiot. Leurs aventure rocambolesques les amènent à affronter des méchants très bêtes mais dénués de scrupules, et ce tome 1 s'achève par une explosion de violence comme on en voit rarement dans ce créneau de la littérature jeunesse. Les tomes suivants s'appellent respectivement "Ma soeur est une artiste de guerre" et "Nous sommes tous des propagateurs", et ils me font déjà envie!

mercredi 24 août 2016

"L'instant d'après" (Sarah Rayner)


Un lundi matin, dans le Brighton-Londres de 7h44, un homme s'écroule, foudroyé par une crise cardiaque.
Au cours de la semaine qui suit, Karen, la veuve, doit faire face à son deuil brutal, organiser les obsèques et gérer ses deux enfants encore trop petits pour comprendre ce qui se passe.
Sa meilleure amie Anna, rédactrice publicitaire, fait de son mieux pour la soutenir tandis qu'elle-même se débat dans une relation foireuse avec un type beaucoup plus jeune et alcoolique.
Enfin Lou, qui était assise à côté de Simon au moment de sa mort et exerce le métier de psychologue pour ados à problèmes, prend conscience de la brièveté de la vie et se dit qu'il serait peut-être temps pour elle d'assumer son homosexualité...

C'est toujours délicat d'aborder un sujet comme le deuil sans sombrer dans l'émotion facile, et malheureusement, je ne trouve pas que Sarah Rayner y soit parvenue. Ecriture pas déplaisante mais plutôt fade, héroïnes gentillettes, situations convenues... Un bouquin trop lisse qui ne m'a absolument pas convaincue. 

lundi 22 août 2016

"Dark matter" (Blake Crouch)


A 27 ans, Jason Dessen travaillait sur un projet qui aurait pu révolutionner la physique quantique. Puis il a rencontré Daniela Vargas, une jeune artiste qui est très vite tombée enceinte de lui. Tous deux ont alors mis leurs ambitions professionnelles de côté pour fonder une famille. Aujourd'hui, ils sont heureux ensemble et avec leur fils Charlie, mais s'interrogent sur le chemin qu'ils n'ont pas pris.

Jusqu'au jour où un inconnu braque Jason dans la rue, l'entraîne dans un entrepôt isolé et le bombarde de questions sur sa vie privée avant de l'assommer. Quand Jason reprend connaissance, il se trouve dans un autre monde, un monde où il travaille pour une organisation secrète qui a percé le secret du multivers, un monde où il est un génie acclamé mais a quitté Daniela à l'annonce de sa grossesse et sacrifié sa vie privé à sa carrière... 

Ce roman de Blake Crouch est actuellement n°1 des ventes sur Amazon, et vous savez combien je suis fan d'uchronies personnelles. Poussée par la curiosité, j'ai donc fait une entorse à ma règle et l'ai commandé en grand format pour me jeter dessus. Et j'avoue m'être retenue de lever les yeux au ciel pendant le premier tiers. Oui, bon, le mystérieux agresseur masqué, il faudrait être débile pour ne pas comprendre tout de suite de qui il s'agit. Franchement, quelle histoire cousue de fil blanc! Et puis cette manie de retourner à la ligne après chaque phrase, argh...

Après, je suis arrivée dans le deuxième tiers avec ses accents post-apocalyptiques, et j'ai trouvé ça tellement noir et angoissant que j'ai failli lâcher l'affaire. Mais même si je voyais toujours comment ça allait se terminer, mon intérêt était piqué. Ce qui ne m'empêchait pas de fulminer: prôner que le bon choix de vie, c'est forcément le mariage et la famille, que réaliser une découverte scientifique majeure pâlit en comparaison des joies du foyer, ça me paraissait terriblement convenu et réducteur. 

Et puis dans le dernier tiers, l'auteur est enfin parti dans une direction totalement inattendue et très intéressante, présentant à son protagoniste un dilemme affreux et apparemment insoluble, et l'histoire a viré au thriller psychologique haletant. Tout le long, j'ai eu l'impression de lire le scénario d'un blockbuster, calibré au millimètre sans aucun temps mort et avec beaucoup de scènes d'action - et de fait, en lisant les remerciements à la fin, j'ai découvert qu'un film était en cours de préparation. 

En conclusion, malgré quelques défauts hurlants, "Dark matter" vaut bien la peine d'être lu, surtout si vous êtes vaguement fasciné par la physique quantique, le multivers et la notion d'identité. Je ne doute pas qu'il sera bientôt traduit en français.

dimanche 21 août 2016

"La vie étonnante d'Ellis Spencer" (Justine Augier)


Dans ce futur-là, en pays de Naol, le doute et le rêve sont interdits. L'hyperactivité est un impératif absolu. Les enfants grandissent équipés d'une puce électronique sous-cutanée contrôlant leur état de santé et leurs moindres gestes. Aussi, la trop discrète et chétive Ellis Spencer est un grand sujet d'inquiétude pour ses parents. Placée à l'Académie du Succès, une école censée la remettre dans le rang, elle découvre qu'elle est pas la seule à être marginale...

Parfois, on fait d'excellentes découvertes dans les bouquineries, des livres dont on n'avait jamais entendu parler et qu'on n'aurait pas découvert autrement. Ainsi ce roman jeunesse dont la couverture a attiré mon oeil hier chez Ramd'âm, à Namur: une dystopie cauchemardesque pour les introvertis comme moi, où les vrais livres et le glandouillage sont interdits, où l'on encourage les gens à sociabiliser en permanence, à gueuler tout ce qui leur passe par la tête et à avoir un comportement assertif à chaque seconde. Trop calme et réfléchie, Ellis, 12 ans, est traitée comme une handicapée mentale que ses parents ont écartée du reste de la famille et que les étrangers considèrent avec pitié. L'auteur pousse à l'extrême certaines des dérives actuelles de l'éducation et de la société en général pour mieux les épingler.

"Mr White a parlé de la grandeur d'un pays dans lequel personne ne perdait de temps et tout le monde tentait de maximiser et de rentabiliser ses ressources personnelles. Dans lequel chacun était responsable de son chemin vers le succès. Dans lequel tout était transparent et la vérité triomphante. Dans lequel il n'y avait pas de place pour la paresse ni pour l'oisiveté, pas de place pour l'assistanat ni pour les pensées secrètes."

Bien entendu, il y aura une tentative de révolution... qui s'achèvera, de manière un peu frustrante, par une fin ouverte alors qu'on aurait voulu voir comment la Résistance allait renverser la vapeur et ramener la Naol vers un mode de vie plus humain. Néanmoins, "La vie étonnante d'Ellis Spencer" reste un bon roman pour éveiller en douceur les jeunes consciences à de nombreuses questions politiques et philosophiques.